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Copropriété

Travaux en copropriété : règles de vote et majorités

Louise
24/08/2026 10 min de lecture
Travaux en copropriété : règles de vote et majorités

Un aperçu rapide

  • Les seuils de majorité varient selon la nature des travaux, définis par trois articles de la loi de 1965, chaque projet ayant un impact spécifique sur la copropriété.
  • L'article 25 permet d'adopter des travaux d'intérêt collectif à la majorité absolue, avec un mécanisme de rattrapage pour les absents dans les huit jours.
  • L'article 26 exige une double majorité pour les travaux profonds, comme la surélévation ou l'aliénation de parties communes, impliquant la transformation de l'immeuble.

Autrefois, lancer des travaux en copropriété passait souvent inaperçu: un petit vote en assemblée générale, l’accord de quelques voisins, et hop, le chantier était lancé. Aujourd’hui, ce même processus peut s’éterniser des mois, voire des années, bloqué par des exigences juridiques parfois mal comprises. Pourtant, entre l’obligation de rénover énergétiquement les immeubles et la détérioration accélérée de certains bâtiments, agir est devenu urgent. Alors pourquoi tant de projets piétinent-ils? La réponse tient en un mot: la majorité.

Les différents seuils de majorité selon la nature des travaux

Le tableau récapitulatif des règles de vote

En matière de copropriété, tous les travaux ne se valent pas devant la loi. Le seuil de majorité requis dépend directement de la nature du projet, de son impact sur l’immeuble et des droits des copropriétaires. Trois grands articles de la loi du 10 juillet 1965 encadrent ces décisions: les articles 24, 25 et 26. Leur application conditionne la faisabilité d’un chantier. Pour y voir clair, voici un récapitulatif des règles principales.

Type de travauxMajorité requiseBase de calcul
Entretien courant (peinture, nettoyage, petit entretien des parties communes)Article 24: majorité simpleMajorité des voix des copropriétaires présents ou représentés
Rénovation énergétique, installation de compteurs, travaux d’intérêt collectifArticle 25: majorité absolueMajorité des voix de l’ensemble des copropriétaires (présents, absents et représentés)
Transformation lourde (surélévation, changement de destination, aliénation de parties communes)Article 26: double majorité2/3 des voix représentant au moins la moitié des copropriétaires

Chaque décision doit donc être soigneusement catégorisée. Une mauvaise qualification du projet peut mener à un vote entaché de nullité. Le procès-verbal d'assemblée générale doit ainsi refléter avec précision la nature des travaux votés, au risque de voir la décision annulée en justice.

La majorité absolue et les mécanismes de rattrapage

L'article 25: le pilier des travaux d'intérêt collectif

L’article 25 de la loi du 10 juillet 1965 est l’un des plus sollicités dans les copropriétés. Il s’applique aux travaux d’intérêt collectif, notamment ceux visant à améliorer la performance énergétique, la sécurité ou le confort des lieux communs. Pour qu’un tel projet soit adopté, il faut la majorité absolue des voix de l’ensemble des copropriétaires. Cela signifie que l’on ne compte pas seulement les présents ou représentés, mais tous les tantièmes de l’immeuble, y compris ceux des absents.

Ce seuil peut sembler élevé, mais il vise à protéger l’équilibre collectif tout en permettant d’avancer sur des sujets essentiels. Par exemple, l’isolation thermique des façades ou le remplacement d’un ascenseur vétuste relèvent souvent de ce régime. Le calcul des voix est donc crucial: chaque lot possède un nombre de tantièmes proportionnel à sa valeur relative dans l’immeuble. La somme totale des tantièmes détermine le seuil à atteindre.

Le recours au second vote de l'article 25-1

Parfois, un projet important réunit un intérêt certain, mais ne parvient pas à franchir la barre de la majorité absolue. C’est là que l’article 25-1 entre en jeu. S’il recueille au moins le tiers des voix de l’ensemble des copropriétaires, le syndicat peut organiser un second vote, cette fois à la majorité simple des présents ou représentés.

Ce mécanisme de rattrapage est précieux pour débloquer des projets utiles mais controversés. En revanche, s’il n’obtient pas ce tiers initial, le vote ne peut pas être reconsidéré immédiatement. Le délai légal d’attente est alors de rigueur, sauf si une nouvelle assemblée est convoquée pour une autre raison.

L'impact de la loi ALUR sur les décisions collectives

La loi ALUR (2014) a profondément modifié la donne en matière de travaux en copropriété. Elle a notamment élargi le champ des travaux soumis à la majorité simple de l’article 24, dès lors qu’ils visent à conserver l’état de l’immeuble ou à préserver la sécurité et la santé des occupants. Cette simplification vise à faciliter les rénovations énergétiques, un enjeu majeur aujourd’hui.

Par ailleurs, la loi a rendu obligatoire la création d’un fonds de travaux dans toutes les copropriétés, permettant d’anticiper les gros chantiers. Ce fonds, alimenté chaque année, évite les appels de fonds massifs et imprévus, réduisant les tensions entre copropriétaires. En somme, la loi ALUR encourage une gestion plus proactive, là où auparavant, on attendait souvent que le pire arrive.

Décisions complexes: double majorité et unanimité

Travaux de transformation et article 26

Lorsque les travaux touchent à l’identité même de l’immeuble, la loi exige une majorité renforcée: la double majorité de l’article 26. Ce seuil s’applique en cas de transformation, de surélévation, ou d’aliénation de parties communes (comme la location d’un toit pour y installer des panneaux solaires).

Pour qu’une telle décision soit adoptée, il faut réunir deux conditions: d’abord, les deux tiers des tantièmes de l’ensemble des copropriétaires, et ensuite, que ces deux tiers représentent au moins la moitié des copropriétaires en nombre. Autrement dit, on ne peut pas imposer un changement majeur à une minorité trop importante d’habitants.

Les cas rares nécessitant l'accord de tous

Dans des situations exceptionnelles, c’est l’unanimité qui est requise. C’est le cas lorsque les travaux modifient la destination de l’immeuble (par exemple, transformer un immeuble d’habitation en hôtel) ou quand ils portent atteinte aux droits de jouissance d’un copropriétaire sur son lot privé.

Par exemple, si un projet d’isolation par l’extérieur modifie sensiblement l’aspect des balcons d’un propriétaire, celui-ci peut s’y opposer. Même s’il est seul, son accord est nécessaire si son droit de jouissance est affecté. C’est une protection forte, mais parfois source de blocages.

Gérer les contestations en assemblée générale

Préparer un vote, c’est aussi anticiper les recours. Pour éviter les contentieux, plusieurs étapes sont essentielles:

  • Vérifier que l’ordre du jour est complet et clair, avec tous les devis joints
  • Prévoir l’envoi des documents bien avant l’AG pour permettre un examen serein
  • Calculer précisément les tantièmes en jeu pour anticiper le résultat
  • Rédiger un procès-verbal rigoureux, sans omission
  • Respecter les délais de recours légaux (un mois pour contester)

Un dossier bien monté réduit fortement les risques de recours. Et tout bien pesé, mieux vaut investir du temps en amont que devoir tout reprendre à zéro.

Les questions clients

Un copropriétaire peut-il s'opposer seul à un ravalement de façade déjà voté?

Non, un seul copropriétaire ne peut pas bloquer un ravalement validé par la majorité requise. Cependant, il peut contester la décision en justice dans le mois suivant l’envoi du procès-verbal, s’il estime que les règles de vote ou de notification n’ont pas été respectées.

Comment compter les voix si un propriétaire possède plusieurs lots dans l'immeuble?

Chaque lot donne droit à un certain nombre de tantièmes. Si un propriétaire en détient plusieurs, ses voix s’additionnent. Toutefois, dans certains cas prévus par le règlement de copropriété, un plafonnement des voix peut s’appliquer pour éviter une domination excessive.

Le syndic a-t-il le droit d'engager des travaux urgents sans attendre le vote?

Oui, le syndic peut agir sans vote préalable en cas de danger imminent ou de travaux conservatoires (comme une fuite d’eau majeure). Il doit toutefois informer l’ensemble des copropriétaires dès que possible et justifier les dépenses engagées en assemblée générale.

Que se passe-t-il si les devis présentés en AG sont dépassés pendant le chantier?

Un dépassement modéré peut être couvert par les fonds prévus, mais un écart significatif nécessite un nouvel appel de fonds. Le fonds de travaux, obligatoire depuis la loi ALUR, permet d’absorber une partie des imprévus, mais il ne dispense pas de transparence financière.

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